Le 15 février 2017, nous avons reçu un e-mail de René Madry nous proposant un voyage au Rwanda avec pour thème « Tourisme et Spiritualité ». Carine van Laethem membre de notre équipe nous avait souvent parlé de son pays d’origine, ainsi nous nous sommes inscrits sans hésiter. René Madry a fait sa carrière dans l’industrie hôtelière. Etant à la retraite, il s’est mis à la disposition d’une ONG qui aide en Afrique ceux qui veulent développer une activité hôtelière. Des couvents disposant de l’espace nécessaire sont heureux d’offrir un accueil professionnel pour les touristes et les retraitants. C’est ainsi qu’il a été amené à aider plusieurs couvents au Congo et au Rwanda à organiser et gérer leur activité hôtelière. Fort de sa connaissance du Rwanda et de son réseau hôtelier (principalement des couvents), l’idée lui est venue de proposer à quelques amis un voyage ainsi qu’une retraite spirituelle. 

Après une première nuit au centre Saint-Vincent Pallotti à Kigali (capitale du Rwanda), nous avons fait un tour dans la ville et visité le Camp Kigali et le Mémorial Belge. C’est là que dix paras commandos belges de la Mission de l’ONU au Rwanda ont été massacrés le 7 avril 1994. Moment émouvant et recueilli.   

Ensuite nous nous sommes rendus au Foyer de Charité « La Vierge des Pauvres » de Remera-Ruhondo. Ce foyer de charité est dirigé par un père polonais et a été fondé par un Belge, le père Guy Claessens en 1968. Marthe Robin, fondatrice des Foyers, lui avait dit : "Oui, le Seigneur veut un foyer de charité au Rwanda (2)". A notre arrivée nous y avons découvert une vue panoramique à la fois sur les volcans, le lac et les îles, à couper le souffle. Le foyer accueille ceux qui désirent avoir un temps de repos et de détente, organise des retraites, offre un accompagnement spirituel et psychothérapeutique, une formation des couples à la parentalité responsable, à la méthode naturelle de régulation des naissances, à la préparation des fiancés au mariage, vient en aide aux enfants de la région pour lesquels ils ont créé une école considérée comme modèle pour le Rwanda. Le père polonais désire agrandir le foyer pour pouvoir accueillir plus de monde. Notre ami les aide dans leur développement.

Au cours des trois premières matinées, nous avons reçu un enseignement du père polonais. Le thème de la retraite était : "Vierge Marie, la force du silence contre la dictature des bruits". Il nous a fait prendre conscience combien notre monde occidental était sous l’emprise  des sirènes du relativisme et de la consommation. Aujourd’hui l’homme s’est mis à la place de Dieu, c’est le moi qui compte ! Difficile de résumer en quelques mots ce qu’il nous a enseigné, il a parlé de l’importance du silence comme espace de la révélation de Dieu, l’importance de louer, servir et révéler le Seigneur, savoir choisir et renoncer. Il a parlé des charismes des personnes âgées : gratuité (donner de son temps), mémoire (éviter les erreurs du passé –  dialogue entre générations), l’expérience (trésor à transmettre), l’interdépendance (chercher à vivre avec les autres, à aider, être présent auprès de ceux qui souffrent).

Au cours des après-midi, nous avons eu différents contacts avec la population locale : 

  • des jeunes enfants : les « bâtisseurs de paix » et les « brebis de Jésus », danses, chants et témoignages
  • des jeunes couples venant témoigner  de leur guérison de couple grâce à l’accueil et l’écoute reçu au Foyer de Charité
  • la directrice de l’école qui nous a fait visiter l’école primaire et secondaire de plus de 3000 élèves. Dans sa présentation, elle a évoqué sa difficulté à nourrir journellement 800 à 900 enfants et surtout à remplacer la casserole de 80 litres trouée. Sensibilisés par ce problème, les participants se sont cotisés et ont offert l’argent nécessaire.

Nous avons été émerveillés et impressionnés par ce qui se réalise au foyer, leur foi, leur joie de vivre, et la profondeur des témoignages. Le récit que nous a fait la communauté sur le vécu du génocide était aussi émouvant.

Après la partie spirituelle, la partie touristique a été, pour les uns la croisière sur le lac, pour les autres la visite aux gorilles dans le parc des volcans. Nous avons choisi de rencontrer les gorilles. Après plusieurs heures de marche difficile sur des pentes raides et avec l’aide des traqueurs chargés de les localiser, nous avons pu approcher de très près ces grands mammifères poilus.

Nous poursuivons notre voyage par la visite de Cathédrale de Musanze et un marché typique et coloré où nous trouvons de très beaux tissus. Nous piqueniquons le long de la route qui longe les volcans, des enfants surgissent de partout pour nous saluer et nous invitent au partage.

Par la suite, nous avons longé le lac Kivu en passant successivement à Gisenyi, Kibuye et Cyangugu.

Gisenyi se trouve à la frontière avec la République démocratique du Congo où passent chaque jour 40.000 personnes vers Goma, ville congolaise, et qui rentrent le soir avant 18h, heure de fermeture de la frontière à la tombée de la nuit. Nous sommes hébergés dans un hôtel qui appartient au diocèse.

Le lendemain, après avoir pu admirer les bords du lac avec sa « plage des belges », les belles avenues bordées de villas, nous nous sommes rendus à Kibuye pour embarquer sur de petits bateaux à moteur à la découverte du lac Kivu et de ses îles dont l’une est couverte de chauves-souris. Nous logeons au home Saint-Jean qui surplombe merveilleusement le lac.

Le jour suivant, par une très belle route, nous arrivons à Cyangugu qui fait face à sa sœur congolaise Bukavu. Nous logeons au Home Saint-François où nous avons eu l’occasion de rencontrer quatre couples des Equipes Notre-Dame du Rwanda. Après s’être présentés, nous avons eu de très bons échanges. Comme nous vivons les mêmes valeurs chrétiennes, désireux de vivre chaque jour notre sacrement de mariage, très rapidement nous avons trouvé la joie de partager ensemble notre vécu en équipe. Ils suivent les mêmes règles que nous mais leurs difficultés consistent à se trouver les documents et leurs traductions. Ils furent enchantés de recevoir de nombreux livres et feuillets des Equipes Notre-Dame que nous leur avons apportés de Belgique. Ils mettent l’accent sur la prière. Nous poursuivons l’échange au cours du repas.

Le lendemain, nous traversons la forêt de Nyungwe où vivent de nombreux singes que nous apercevons le long de la route. Par des pistes, nous arrivons au sanctuaire Marial de la Vierge de Kibeho.

C’est en 1981, qu’une jeune fille qui fréquentait une école tenue par des religieuses a eu une vision de la Vierge Marie, à une période où la paix régnait encore. Cette dernière mettait en garde contre les dangers que le Rwanda et le monde couraient en vivant loin de Dieu. Dans les mois qui ont suivi, quelques autres jeunes filles ont eu de visions similaires. En 1983, la Vierge aurait dit "Priez sans relâche pour l’Eglise, car de grandes tribulations l’attendent dans les temps qui viennent." Les apparitions ont été reconnues par l’Eglise catholique en 2001. En 1994, Kibeho a été emporté dans la tragédie du génocide avec environ 25.000 morts. Le bilan pour l’ensemble du Rwanda se situe entre 800.000 et 1 million de morts.

Nous participons à la veillée de l’Assomption, où une foule immense est déjà présente et dort sur place en attendant la messe du 15 août. Nous sommes hébergés chez les sœurs Pallotines. La messe est prévue à 10h, précédée du chapelet. On nous recommande d’arriver à 9h pour avoir une bonne place. Nous suivons la recommandation et sommes accueillis par les responsables qui nous placent derrière les autorités. Derrière nous, une foule recueillie de plusieurs milliers de personnes. La messe se termine vers 15h. Elle était présidée par l’évêque et le nonce apostolique et animée par de très beaux chants, des danses et une foule fervente. Nous avons été très émus face à la générosité des pèlerins qui apportaient leurs offrandes pour l’Eglise lors de l’offertoire. Certains s’étaient déplacés de loin venant d’Ouganda, du Congo, de Tanzanie et du Kenya. L’après-midi, nous sommes allés nous recueillir au sanctuaire des apparitions et avons visité le mémorial.

Le jour suivant, nous avons visité le Centre de Formation Mariale des Pères Mariens, dénommés aussi Cana. Ce centre est magnifique, sa construction a débuté en 2002 avec la bénédiction du Pape Jean-Paul II. C’est un père polonais très dynamique qui en est le directeur. Il a reçu d’importants fonds de la part de donateurs américains. La chapelle est très belle. 

Après notre passage à Kibeho nous avons poursuivi notre tour du Rwanda en passant par Butare. Des amis de notre groupe de voyage y ont retrouvé avec émotion les lieux de leur enfance. A Butare, nous visitons le Musée Ethnographique offert par le Roi Baudouin. Il est situé dans un beau parc, très soigné. A midi, nous déjeunons au Monastère Bénédictin de Gihindamuyaga dépendant du couvent de Maredsous fondé par un Père Belge, le Père Oldenhove. Nous visitons leur atelier de bijoux en or. Nous poursuivons par la visite du Palais Royal de Nyanza. C’est un gigantesque dôme construit uniquement  avec des matériaux traditionnels. Il a été restauré et transformé en musée. Nous rentrons sur Kigali pour repartir le lendemain sur le parc national de l’Akagera. Nous n’oublierons pas notre balade en bateau sur le lac calme d’où nous observions de nombreux oiseaux, des hippopotames et un éléphant. Nous logeons à l’Akagera Game Lodge situé dans un bel endroit perdu au milieu de la savane, avec une belle piscine ronde sous la surveillance d’un chimpanzé !

Le lendemain, nous grimpons dans des jeeps 4x4 pour la découverte du Parc National de l’Akagera où nous observons, grâce à l’aide avisée de notre guide, éléphants, girafes, crocodiles, zèbres, hippopotames, impalas, phacochères, oiseaux, singes, buffles… A notre grand regret, nous n’avons pas vu les lions. Nous nous souviendrons d’avoir été chargés par un éléphant nous obligeant à rebrousser chemin. Cet éléphant aurait perdu la confiance des hommes lors du génocide au cours duquel de nombreux animaux du parc furent tués. Lui-même fut visé. Le parc perdit une grande partie de son territoire qui fut cédé aux réfugiés.

De retour à Kigali, nous visitons un marché couvert très animé ensuite nous allons faire un dernier shopping dans les magasins d’objets artisanaux au village Caritas. De retour chez les pères Pallotins nous assistons à la soirée d’adieu, avec dîner festif et danses folkloriques, en présence d’un couple des Equipes Notre-Dame, les responsables du secteur de Kigali.

La veille de notre départ, nous sommes allés nous recueillir au mémorial du génocide et avons parcouru la région de Bugesera où une belle table au bord du lac nous attendait pour le déjeuner. Après un  dernier repas au centre Pallotin et la bénédiction du Père, nous regagnons l’aéroport pour le retour de nuit.

Nous garderons un souvenir inoubliable de ce merveilleux voyage pour ces paysages grandioses, les sourires lumineux de ces enfants, la fraternité, la gaîté qui régnèrent durant ce voyage, les rencontres enrichissantes, l’accueil chaleureux et dansant, la joie de vivre malgré la dureté des conditions de vie. Les miracles sont quotidiens dans ces villes où les motos et vélos taxis surgissent de toutes parts. Les femmes aux saris colorés portent leur bébé sur le dos et sur la tête de lourdes charges. Les hommes poussent des vélos sur les pentes des collines avec également de lourdes charges et les dévalent à toute allure. Les témoignages des rescapés du génocide furent poignants.

Nous n’oublierons pas les belles célébrations eucharistiques, les chants et les danses exprimant la foi joyeuse de l’âme Rwandaise.

Nous tenons à exprimer notre reconnaissance à notre G.O. René Madry et à sa collaboratrice rwandaise Drociella.